Gotham City


Metropolis ou Gotham City, selon qu’on évoque les univers tourmentés de Frtiz Lang, le célèbre réalisateur ou de Bill Finger et Bob Kane les créateurs de Batman, les deux mégalopoles imaginaires prennent leurs influences dans de nombreux styles architecturaux et de nombreuses villes et capitales mais de toutes les inspirations confondues, New York est vraisemblablement la cité la plus proche du modèle original.


1930, New York se construit à un rythme endiablé sur des fondations épuisées, abimées, meurtries par des décennies d’insalubrité et de pauvreté extrême. La main d’oeuvre est pléthorique, bon marchée et corvéable. A une portée de boulet de canon de Battery Park, Ellis Island, la porte d’un nouveau monde pour tellement d’étrangers en quête de liberté devient la pourvoyeuse de bras mais également de talents et organise ce savant mélange des peuples réunis aux pieds des échafaudages qui se dressent par centaines. Une matière vivante, démunie mais courageuse et pleine d’espoir qui rend palpitant ce chantier gigantesque et bruyant.


La ville se cherche une identité architecturale pour s’extraire radicalement de sa gangue sordide et pioche son inspiration dans de nombreuses sources, en particulier dans les schémas néo-gothiques qui virent le jour dans l’Angleterre du XVIIIè siècle, alliant l’épaisseur sécurisante des fondations et des soubassements à l'élégante finesse des arches élancées. Des dizaines de tours et de tourelles aux pointes interminables magnifiquement sculptées et décorées venant enfin les surplomber.


Dans ce New York en pleine mutation, l'inspiration des architectures anglaises, autrichiennes, françaises ou allemandes, se mêle étroitement aux élévations en marches démesurées des pyramides sud américaines. Tout fait ventre pour alimenter les plans des architectes new-yorkais. Les remparts des forteresses occidentales se dressent, ici, à la verticale, à peine transpercées d’étroites fenêtres, elles se poursuivent en reprenant les dessins des longues et rigoureuses colonnades des palais ou des temples européens et se terminent enfin par de hautes terrasses en ziggourats surplombées de chapelles gothiques aux toits de cuivre oxydé ciselés comme des reliquaires, ces sublimes décors frôlants les nuages ne semblant être destinés qu’aux regards indifférents des oiseaux.


La ville se modernise à grande vitesse. Grâce à l’acier des usines Carnegie et aux ascenseurs d’Elisha Otis et après les expérimentations effectuées à Chicago, c’est au tour de New York d’ériger ses premiers gratte-ciel, Le Flat Iron, en 1902, fait partie des tout premiers et sa forme si particulière, épousant au cordeau l’angle aigu de Broadway et de la 5e avenue en fait toujours aujourd’hui l’un des plus spectaculaires, des plus beaux et des plus emblématiques de la ville.

En 1909, à l’est du Madison Square Park, the Metropolitan Life Insurance building et sa grande horloge, avec des faux airs du Campanile de la Place saint Marc à Venise, devient le plus haut building de la ville et il le restera jusqu’en 1913. Trente années suivront dans une débauche étourdissante de créativité et d’audace : le Woolworth Bldg, l’Empire State, le Chrysler, le City Hall, le Rockefeller Center, le Sherry Netherland ou le Plaza dessinent ainsi la fascinante beauté de cette ville au charme magnétique.


Le Dakota et le San Remo Apartments s'élèvent sur le West Side, en bordure de Central park en créant ainsi une toute nouvelle perspective à l'ouest du parc.C’est à cette frénétique agitation à moitié noyée dans la fumée des machines et des premiers véhicules, à cet enchevêtrement de grues, de charpentes complexes grouillant d’ouvriers, à ce monumental désordre précédant l’achèvement auxquels je faisais allusion en évoquant Gotham City.

Cette vision de tumulte parfaitement captée par les images de Bérénice Abbott a provoqué cet inextinguible besoin de parcourir encore et encore les artères de New York à la recherche de ces témoignages et de la nostalgie de ces ambiances qui s’effacent petit à petit pour un renouveau indispensable.Il reste néanmoins de nombreux quartiers illustrant cette belle effervescence créatrice et fort heureusement, dans l'ombre des fines tours de verre qui éclosent un peu partout à Manhattan non sans créer quelques polémiques

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il subsiste encore bien des buildings prestigieux de cette époque révolue, nous évoquerons ces "villages" et ces ouvrages majestueux dans un prochain article.

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