The Vessel in Hudson Yards


The Vessel

Philippe Beasse Photography


Noël a saupoudré sur New York sa magie sylvestre et lumineuse, les sapins monumentaux qui occupent les principales places de Manhattan (Rockefeller Plaza, Bryant Park, Gramercy et Wall Street) sont épaulés dans cette débauche de guirlandes clignotantes par tous les arbres un peu plus petits, disséminés partout dans les quartiers de la ville mais également chargés et décorés à outrance. Même le quartier de Financial District, localisé au pied des tours de Wall Street s'enorgueillit d'installer l'un des arbres les plus hauts de la ville, décoré de boules de Noël gravées aux lettres du NYSE, le New York Stock Exchange. Dans tout le quartier de Times Square, dans Theater District, la foule est immense, compacte, comme une onde obscure qui semble progresser à contre-courant dans un clapot désordonné d'un trottoir à l'autre, d'une artère à la suivante.

L'immense cité toute parée de cette ambiance de fête est en plein changement, en pleine régénérescence, une nouvelle mutation qui s'ajoute à toutes les précédentes déjà entreprises. Partout des grues immenses élèvent vers le ciel les étages de plus en plus nombreux de buildings incroyablement spartiates ou audacieux. Le quartier de Hudson Yards qui occupe un large secteur à l'extrémité nord de la High Line et à l'ouest de la 33rd Street est l'un de ces tout nouveaux pôles new-yorkais. En son centre, l'incroyable Vessel de l'architecte Thomas Heatherwick, tout de cuivre vêtu articule ses 16 étages, 154 volées d'escaliers et ses 2500 marches de béton vers un ciel inaccessible. Un projet délirant, semblant issu d'un dessin de Escher et déjà porteur de bien des critiques et de controverses quant à son coût et à sa finalité. The Vessel est au centre de ce jeune quartier de Hudson Yards, planté comme un énorme essaim transpercé de vide et de lumière au beau milieu d'une vaste place dépouillée et entourée de buildings totalement épurés et d'une esthétique relative.

The Vessel peut se gravir, c'est d'ailleurs apparement sa seule et unique fonction et offre une belle vue sur l'Hudson. En revanche, peu d'ouverture sur Manhattan, il faudra attendre la fin de l'année 2020 pour découvrir depuis the Edge Observatory qui surplombe déjà the Vessel à 400m de hauteur une nouvelle vue panoramique qu'on nous promet époustouflante sur Manhattan et sur le New Jersey tout proche

Grâce à ce nouveau quartier, la ligne de Subway, N°7 à été prolongée, elle rejoint maintenant l'Hudson Yards à Times Square. Qui dit nouveau quartier dit quantité de boutiques, y compris boutiques de luxe et de restaurants multiples regroupant une grande variété de cuisines du monde. Ce temple du merchandising s'ajoute à toutes les autres galeries commerciales géantes disséminées dans New York et s'y regroupent les marques les plus prestigieuses.

La culture est également bien servie dans ce nouveau secteur. The Shed est une énorme structure dont une grande partie, telle une coque mobile et gonflable, pourra être ouverte pour devenir une immense salle en plein air destinée à accueillir les concerts, les expositions, les oeuvres de théâtre etc..

L'hôtel Equinoxe fait également partie de l'ensemble, avec ses 200 chambres luxueuses et son énorme piscine il rejoint dans la liste des buildings ceux qui seront occupés par les médias, HBO et de grands laboratoires pharmaceutiques et comme toujours à New York par une quantité invraisemblable d'appartements de luxe, de 5 à 30 millions de dollars chacun qui s'ajouteront aux quelques 8000 appartements toujours inoccupés dans Big Apple. Ce qui est un comble quand on pense aux 80 000 sans abris qui jonchent le sol gelé et les sous-sols poisseux de la mégapole américaine.

Ce déséquilibre entre la pauvreté flagrante et particulièrement sordide dans cette période de fête et le ruissellement apparent de cet argent n'est pas propre à New York bien évidemment mais en l'occurence cela remet en question la nécessité de la construction de réalisations telles ce vaisseau du vide et de l'inutile ou du moins l'absence de contre-partie dans l'édification de ces réalisations.

Construire pour l'arrogance, pour la démesure ou pour la performance devrait toujours s'accompagner par construire pour la nécessité et l'humanisme. Pourrait-on imaginer ajouter quelques cents à chaque billet vendu dans tous les lieux de visite de New York et les consacrer au règlement de ce désastre humanitaire ? A charge ensuite à toutes les capitales du monde de reproduire la mesure, les touristes et leurs devises participant à l'éradication de cette misère insupportable. Utopie j'écris ton nom..

Mais terminons cependant ce premier post de l'année sur une note d'espoir et gageons que comme souvent ou comme toujours, bravant la fatalité, New York se réveillera de la léthargie ambiante et montrera la voie de la sagesse et de l'espoir, comme elle l'a fait à de si nombreuses reprises au cours de sa jeune histoire.

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